panelAppelé par la Communauté d'Agglomération du Territoire de la Côte Ouest (TCO) pour réfléchir sur la problématique de la gouvernance et de la mise en œuvre opérationnelle du projet de l’Ecocité insulaire et tropicale, un panel de l'INTA s'est réuni à La Réunion du 5 au 11 septembre 2015, puis du 13 au 14 juin 2016.

Les panélistes ont rencontré pas moins de 45 acteurs locaux représentants l'ensemble des acteurs impliqués ou pouvant être impliqués dans le futur du projet: État (Préfet, Sgar, Deal), Région, Département, communes du TCO, services et élus du TCO, partenaires privés et semi-privés (SEM, SPL, SPLA, promoteurs immobiliers, BTP, commerçants, media...) ce qui leur a permis d'appréhender l'appropriation et l'intérêt d'un projet de cette envergure et de cette ambition sur le territoire réunionnais. Après 3 journées d'auditions très denses et riches, et en s’appuyant sur le plan guide durable réalisé par les équipes du TCO, le Panel s'est réuni en conclave pour préparer ses conclusions, présentées publiquement le vendredi 11 septembre.

Le panel, composé de praticiens et d’élus travaillant ou ayant travaillé sur des projets urbains complexes (voir sa composition) a souhaité se concentrer sur 6 points pour renforcer la mise en œuvre opérationnelle et donner tous les moyens à la maitrise d’ouvrage de démarrer une feuille de route politique et technique.

1/ Le TCO, concertation et engagement des élus
S’appuyer sur les atouts, les acquis et les compétences du territoire, c’est partir du postulat que le Territoire de la Côte Ouest est un territoire d’excellence qui mérite un projet ambitieux tel que le projet de Cœur d’Agglomération, labellisé Ecocité.
Aujourd’hui, ce territoire est un atout formidable en faveur du développement et du rayonnement de toute l’ile de la Réunion. Il s’inscrit dans un arc stratégique de développement allant de St Denis à St Pierre.
Tenir les ambitions de ce projet demande une évolution de la gouvernance, qui passe par la reconnaissance des légitimités du suffrage universel, des territoires et des forces économiques, sociales et culturelles. Le renforcement de la pertinence de l’échelon d’agglomération, tout en respectant les identités de chacun des territoires, pour donner cohérence et efficacité aux politiques publiques exige une évolution du champ des compétences du TCO.

2/ Construire un projet innovant : l’Ecocité insulaire et tropicale qui mobilise tous les territoires
C’est s’appuyer sur la richesse et la spécificité du territoire pour innover. Par exemple :
-       Promouvoir l’économie circulaire et de partage
-       Décarboner la société
-       Réintroduire l’usage, avant les signes, au cœur de l’urbanisme et de l’architecture
-       Protéger l’exceptionnel berceau de biodiversité
Le Plan Guide Durable permet alors d’organiser, de programmer et de construire. Il est porteur d’un projet exemplaire, innovant et durable et assure la cohérence du territoire. Il constitue ainsi un document souple et évolutif pour la mise en œuvre d’un projet de 5000ha qui s’inscrit dans le temps long.
Le plan guide porte un regard neuf sur le territoire, transforme les modes de faire la ville, avec un partenariat plus large, et fait de l'innovation le moteur du projet territorial.
Cela nécessite donc une réponse stratégique :
-       Densifier des tissus existants
-       Reconquérir des délaissés urbains
-       Faire évoluer des zones d'activité monofonctionnelles ! Développer de nouvelles urbanisations
-       Privilégier :
> Un habitat conforme aux pratiques réunionnaises
> La maitrise de la circulation automobile
> Le paysagement systématique des voies
> Une mixité activité/logement
Mais aussi s'organiser pour gérer la complexité :
-       Développer une démarche horizontale incluant des interventions de nature diverse
-       Organiser les actions en mode projet sur chaque secteur géographique
-       Maitriser les compétences techniques nécessaires à chaque nature d'intervention
-       Définir la faisabilité de chaque action pour en assurer l'opérationnalité

3/ Un outil dédié avec des missions spécifiques
Pour assurer la mise en œuvre du projet, il semble alors nécessaire de mettre en place une forte direction de projets :

  • Nommer un directeur de projets relevant directement du portage politique de l'Ecocité
  • Décliner le Plan guide durable en termes de cadre de mission
  • Mettre au point une lettre de mission définissant ses prérogatives et son champ d'autorité
  • Organiser la relation au service du TCO en ateliers thématiques décisionnels

Mais aussi mettre en place une réelle compétence de maitrise d'œuvre urbaine :

  • Regrouper, compléter et développer l'expertise nécessaire à la maitrise de la complexité
  • Réaliser ou piloter les études de faisabilité de chacune des actions
  • Coordonner l'ensemble de ces actions dans leur réalisation temporelle
  • Optimiser et rendre efficiente la démarche en mode projet

Préconiser un outil spécifique c’est :

  • Identifier dans un même lieu l'ensemble de la démarche technique du projet Ecocité
  • Centrer son action sur la faisabilité et l'étude pré opérationnelle des actions
  • En cela, permettre à d'autres acteurs techniques des territoires de contribuer à la réalisation du grand projet
  • Eventuellement réaliser en direct un certain nombre d'opérations qu'aucun autre opérateur ne serait susceptible de mener à bien

C’est dans ce contexte que le Panel a préconisé de créer rapidement une Société Publique Locale dédiée au portage et à la mise en œuvre du projet Ecocité, qui permettra de gérer la spécificité du projet et sa montée en charge ; de garder une maitrise par les élus et une gestion partenariale du projet et qui assurera le pilotage de l’innovation et de l’aménagement.

4/ L’outil dédié et ses liens avec le TCO et ses partenaires : conforter la gouvernance du projet
La mise en place d’une démarche projet doit pouvoir renforcer le pilotage politique, associer les acteurs et mobiliser les services.
Le Panel a donc appelé de ses vœux que le pilotage politique soit renforcé, en créant un Comité Stratégique qui regroupe l’ensemble des Maires et directions de services concernés, ainsi qu’un comité restreint, véritable « machine à décider ».
Le Comité stratégique, instance d’orientation, d’arbitrage et de décision, permet de gérer l’interface entre la direction politique et les directions administratives.
Il se réunit régulièrement avec un ordre du jour qui permet de suivre et d’orienter l’avancement du et des projets, et de prendre les décisions nécessaires.
Par ailleurs, le Panel a insisté sur l’importance de renforcer les partenariats  (institutionnels, économiques et financiers) en créant un Comité des Partenaires.
Enfin un Groupe projet pourrait être créé, comme instance de coordination des services pour le portage et la mise en œuvre du projet.
La Direction du projet anime et l’équipe et le Groupe projet, mobilise et coordonne tous les services contributeurs  à la réussite du projet à partir d’une lettre de mission fondée sur le Plan Guide Durable.

5/ Le Tempo de la mise en œuvre des actions
Une double classification s’impose dans la mise en œuvre des actions : certaines qui correspondent à la gestion des services urbains relèvent du TCO et des communes ; d’autres qui concernent l’aménagement urbain et la mise en œuvre des actions d’investissements et d’animation de l’écocité sont à conduire par la structure ad hoc.
Certaines actions nécessitent des investissements lourds et leurs résultats ne seront visibles qu’à moyen, voire long terme alors que d’autres, moins coûteuses, plus facile à mettre en œuvre peuvent être immédiatement perceptibles par la population, par les acteurs à mobiliser et peuvent donc constituer des éléments exemplaires d’attractivité.
Le tempo des actions ainsi que leur hiérarchisation dépend du croisement de tous ces différents facteurs.
L’opération sur Cambaie constitue un des actes fondateurs du projet mais ne verra pas le jour dans les prochaines années. Il en est de même pour le projet de tramway.
En revanche des opérations d’accompagnement à la création de logements et des grandes opérations d’urbanisme et d’équipements peuvent assez facilement, rapidement et emblématiquement donner des signes de la mise en œuvre du plan guide de l’écocité.

Par exemple:
- mise en œuvre chaque année la réalisation de deux ou trois espace publics ou espaces verts ou cheminements doux  ou  piétonnier, notamment en leur donnant pour thème par exemple la végétation de l’océan Indien ;
- ouvrir sur une période courte et régulièrement chaque année quelques jardins partagés repartis sur l’ensemble du territoire ;
- la mise en valeur historique et patrimoniale du territoire pourrait se concrétiser rapidement dans l’acquisition des maisons du port et de l’aménagement de l’une d’entre elles, par exemple en centre d’interprétation sur l’Océan indien, ou sur l’histoire du territoire…
- la mise en valeur par la lumière et la végétation et la création d’un espace ludique (bar, lounge, restaurant) disposant d’une vue exceptionnelle sur le port et la mer, ce lieu pourrait rapidement devenir un site très attractif et révélateur de l’identité du territoire.

6/ Participation et concertation : la mise en place d’une démarche de marketing territorial à l’image du laboratoire Ecocité
Le succès du projet Ecocité reposera sur l’implication et la participation de tous.
Par sa vocation même, le développement durable ne peut se concevoir et se mettre en œuvre sans la consultation et la concertation avec les habitants et l’ensemble des acteurs. Leur participation est donc l’élément déterminant pour leur permettre de s'approprier le projet tant en terme de périmètre comme d'identité, participer à l'écriture de l'Ecocité et de la ville de demain.
L'élaboration d'une charte de la concertation du projet Ecocité pourrait formaliser les objectifs, moyens, acteurs et bilans nécessaires, sachant que l’objectif premier est de mettre en valeur l’ensemble du territoire d’Ecocité, faire partager le projet mais aussi accompagner l’évolution des usages (rendre le littoral attractif, passer de la « case à terre » à la « case en l’air», emprunter les transports en commun, etc.). Également, les acquisitions progressives du foncier pourraient permettre de mettre en place des installations temporaires type « aménagement transitoire ».
Une attention toute particulière pourrait être portée aux habitants et activités directement concernées durant les phases de réalisation des opérations (médiation ad hoc ; charte des chantiers propres cosignées par les entreprises de bâtiment et travaux publics intervenant pour le compte de l’établissement public, des autres maîtres d’ouvrages publics et des promoteurs privés ; informations sur les transports).
Le succès d'une concertation participative et l'appropriation d'un projet d'une telle ampleur implique l'organisation, très en amont de la concertation réglementaire, d'une équipe dédiée (régie ou société spécialisée) au marketing territorial, à l'animation et la communication, etc.

// Télécharger le rapport final du Panel

// Télécharger la synthèse du plan guide durable

// Télécharger la présentation support de la restitution publique du 11 septembre

// Voir la liste des panélistes

// Voir les photos

// Télécharger la revue de presse

 

Panel de suivi de l'avancement du projet Ecocité (13-14 juin 2016)
L'INTA s'est rendue à nouveau à La Réunion, le 13-14 juin 2016, afin de faire le suivi de l'avancement du projet Ecocité.
L'INTA avait élaboré un "résumé des grands principes" dans sa note de recommendations, pour parvenir à la création de la SPL Écocité : sa dimension régionale et territoriale ; sa mission publique de long terme ; son fonctionnement à caractère commercial et financier et son grand périmètre d’intervention.
• L'Écocité est un grand projet urbain régional par son ampleur spatiale, dont la mixité des projets, la multiplicité des acteurs publics et privés, l'imbrication des échelles territoriales en font un projet de complexité exceptionnelle, à l'échelle d'une ville nouvelle, destiné à se construire sur plusieurs décennies.
• L’Écocité a une vocation à être un territoire d’innovation, fenêtre de la FrenchTech dans de nombreux domaines : biodiversité, habitat tropical, recyclage, architecture vernaculaire, gouvernance collective et partenariat à plusieurs échelles territoriales.
• Le label Écocité est un atout dans la concurrence entre territoires.

Ce qu'il faut retenir de l'expérience de ces échelles, c'est leur durée et la nécessaire souplesse qui doit être donnée à la gestion du projet sur le long terme :
• Pour absorber les difficultés de parcours économiques, sociales et politiques (crise immobilière, crise économique, changements dans les équilibres politiques ...). Ces crises ne peuvent être surmontées qu'avec la possibilité de réorienter à tous moments sur un grand territoire un planning de lancement de programmes adapté à la réalité. L'objectif final doit être conservé, mais le scénario intermédiaire doit pouvoir se modifier.
• Pour saisir à tous moments une opportunité non prévue, et qui pourrait donner au projet un élan déterminant. En effet ces périmètres, organisés en grands projets urbains, constituent des réserves foncières capables d'accueillir beaucoup plus vite qu'en dehors de leur périmètre, des programmes non prévus au départ, d'intérêt régional, national ou international et des grandes entreprises.


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